La 2ème guerre mondiale dans les conflits du XXe siècle
Par Hervé LALY - Professeur d’histoire à l’IUFM de Bonneville
Une violence d’une nature différente
La violence, inhérente aux sociétés humaines ? La violence est anthropologique. Les massacres remontent à loin. Les soldats du général romain Marius ne font aucun quartier aux Cimbres, exterminés jusqu’au dernier (102-101 av.J.C.). Dans la nuit de la Saint Barthelémy (23-24 août 1572) les catholiques massacrent plus de 3000 victimes. Lors de l’insurrection vendéenne, le représentant en mission Carrier est responsable de noyades collectives dans la Loire (décembre 1793). En janvier 1794, Barère veut « détruire la Vendée ». Les troupes républicaines se divisent alors en plusieurs colonnes avec mission explicite de brûler tout l’habitat et d’exterminer les populations, femmes et enfants compris. Le siège de Saragosse (1808-1809) par les troupes napoléoniennes se solde par 40 000 morts en 4 mois. Les guerres de la Révolution et de l’Empire font en tout 1,5 million morts soit l’équivalent des pertes françaises de la Grande Guerre. Certaines violences des guerres du XXe n’ont donc aucun caractère particulier ou innovant par rapport aux actes que nous venons d’énumérer. Bien plus, les sociétés des XVIe et XVIIe sont saturées de violence. Elle est rarement pathologique ou criminelle mais relève plutôt d’une sociabilité intensément conflictuelle. Nous avons tendance à croire que nous vivons dans une insécurité permanente or la violence quotidienne est à la baisse de nos jours. Dans l’Ancien régime, la violence était de tous les instants mais c’était une violence « chaude », ordinaire, normale au sens propre du terme, commune et réactive. Sous l’effet de la civilisation des mœurs et de l’action de l’Etat, les hommes ont appris à se maîtriser. Nous vivons aujourd’hui dans une société pacifiée qui accorde une importance centrale aux droits de l’Homme. La violence d’antan existe toujours mais elle est devenue extraordinaire, monstrueuse et relève dorénavant du fait divers (affaires Alègre ou Flactif en 2002...).
Une violence d’une autre nature La violence actuelle apparaît plus « froide », à l’exemple de l’attentat du 11 septembre à New York, opération imprévisible, menée méthodiquement, froidement planifiée par des kamikazes ; la Tchétchénie ou la guerre conçue comme une « opération chirurgicale » sont d’autres exemples. Surtout la cruauté se banalise. La violence extrême poursuit des buts autres qu’elle-même : l’exécution des captifs lors des guerres est une violence radicale mais elle s’exerce en fonction d’une menace, réelle ou imaginaire, que ces derniers peuvent continuer de représenter. Avec la cruauté, la violence tend à devenir sa propre fin ; il ne s’agit plus seulement de détruire l’ennemi ou la menace qu’il représente mais d’infliger de la douleur, de profaner son humanité, de le déshumaniser [1]. Il existe donc un grand écart phénoménologique entre la violence extrême et la cruauté. D’où la question suivante : comment des sociétés pacifiées aux valeurs humanistes peuvent se révéler aussi féroces dans leurs combats et totalement indifférentes au pire sort infligé à l’adversaire et aux moyens employés ? Pire, lors de la 2ème guerre mondiale, l’humanité a failli disparaître. C’est la fin de l’idée d’un progrès ininterrompu, d’un sens à l’histoire (Hegel). En 1961 une philosophe allemande juive, Hannah Arendt, assiste au procès d’Adolf Eichmann, organisateur, sous l’autorité d’Himmler et de son adjoint Heydrich, de l’extermination des Juifs. Elle en fit un livre [2]. Cet ouvrage fit scandale lors de sa parution, Arendt étant présentée comme traître à la cause juive. Elle fait en effet remarquer que l’accusé n’est pas du tout un antisémite fanatique mais plutôt un fonctionnaire zélé qui avait un travail à accomplir. Lors de son procès, il affirma qu’il ne ressentait aucune haine contre les Juifs. H.Arendt défend la thèse que l’homme nouveau souhaité par le régime totalitaire n’est pas le fanatique mais l’homme générique au sens de pur et simple représentant de l’espèce, dépourvu de toute affectivité comme de toute initiative et de toute opinion. Et cet homme nouveau peut être chacun de nous. Au procès de Nuremberg (novembre 1945-octobre 1946), un membre des services secrets allemands racontait l’anecdote suivante à Simon Wiesenthal. En octobre 1944, à Budapest, il était assis avec 4 autres SS et Eichmann. L’un d’eux, faisant allusion à l’extermination des juifs, demanda : « Combien y en a-t-il ? Environ 5, répondit Eichmann. » Nous savions tous qu’il voulait dire 5 millions. Un jeune officier dit alors sans réfléchir : « Mais après la guerre ? Est-ce qu’on ne va pas nous demander où sont passés ces millions de juifs ? » Eichmann eut un geste de la main et répondit : « 100 morts, c’est une catastrophe. 1 million, c’est une statistique.
( d'après le site de l'ACADEMIE DE GRENOBLE)
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